Vibe coding : d'une boutade de Karpathy au mot de l'année
L'expression naît en février 2025, dans un message publié sur X par Andrej Karpathy, ancien directeur de l'IA chez Tesla et membre fondateur d'OpenAI. Il y décrit « une nouvelle façon de coder » où l'on « se laisse porter par les vibes », jusqu'à « oublier que le code existe ». Lui-même la réserve alors aux « projets jetables du week-end ».
La formule fait mouche. En quelques semaines, elle passe des fils de discussion de développeurs aux présentations d'investisseurs. En novembre 2025, le dictionnaire Collins en fait son mot de l'année et la définit comme « l'utilisation de l'intelligence artificielle, guidée par le langage naturel, pour aider à écrire du code informatique ».
Cette définition large cache une nuance importante. Pour le développeur britannique Simon Willison, le vibe coding désigne le fait de construire un logiciel avec une IA sans relire le code qu'elle produit. Si l'on relit, teste et sait expliquer ce code, on fait tout simplement du développement logiciel assisté par IA. Toute la question est là.
Créer une application avec l'IA : comment ça marche ?
Sur des plateformes comme Lovable, Replit ou Bolt, l'expérience ressemble à une conversation. On écrit « je veux une appli de réservation pour mon club de tennis, avec un espace membre et un calendrier ». Quelques minutes plus tard, une première version s'affiche dans le navigateur, interface, base de données et mise en ligne comprises.
On corrige ensuite en dialoguant : « le bouton est trop petit », « ajoute un paiement en ligne », « ça plante quand je me connecte ». Derrière l'écran, un grand modèle de langage traduit chaque demande en lignes de JavaScript, de SQL ou de Python. Côté professionnels, des outils comme Cursor intègrent le même principe directement dans l'éditeur de code.
Pour une maquette, un site vitrine, un outil interne ou un prototype à montrer à des investisseurs, le résultat est souvent bluffant. Ce qui prenait des semaines se fait en un après-midi. C'est quand l'application doit accueillir de vrais utilisateurs, de vraies données et de vrais paiements que les choses se compliquent.
Dans la Silicon Valley, une adoption éclair
En mars 2025, Jared Friedman, associé gérant de l'incubateur Y Combinator, lâche un chiffre qui fait le tour du secteur : pour environ un quart des start-up de la promotion d'hiver 2025, 95 % du code aurait été généré par l'IA. L'estimation vient d'une discussion informelle, pas d'une étude, mais elle marque les esprits.
Le détail compte pourtant. Friedman précise que ces fondateurs sont très techniques et qu'un an plus tôt, ils auraient tout codé eux-mêmes. Dans la même conversation, son associée Diana Hu insiste : il faut savoir lire le code pour distinguer une bonne réponse de l'IA d'une mauvaise. Le PDG de l'incubateur, Garry Tan, met en garde contre un code qui risque de céder quand l'application grandit.
Chez les développeurs, l'IA est déjà partout, mais la confiance ne suit pas. Selon l'enquête annuelle de Stack Overflow publiée en 2025, 84 % des répondants utilisent ou comptent utiliser des outils d'IA. Ils sont pourtant 46 % à se méfier de l'exactitude de leurs réponses, contre 33 % à leur faire confiance.
Plus rapide avec l'IA ? Pas toujours
L'argument numéro un du vibe coding, c'est la vitesse. En juillet 2025, le laboratoire indépendant METR a voulu le mesurer. Il a suivi 16 développeurs open source expérimentés sur 246 tâches réelles, tirées au sort pour être faites avec ou sans IA, principalement avec Cursor.
Résultat : avec l'IA, ils ont mis 19 % de temps en plus. Le plus frappant est ailleurs. Avant l'expérience, ils pensaient gagner 24 % de temps. Après coup, ils estimaient encore avoir été 20 % plus rapides.
L'étude a ses limites, et METR le reconnaît : petit échantillon, développeurs très familiers de leur propre code, outils déjà dépassés depuis. Elle rappelle surtout que l'impression de productivité et la productivité réelle ne se confondent pas. Relire, corriger et comprendre le code généré prend du temps.
Le talon d'Achille du vibe coding : la sécurité
Une application qui fonctionne n'est pas forcément une application sûre. L'éditeur de sécurité Veracode a soumis plus de 100 modèles d'IA à 80 exercices de programmation. Dans 45 % des cas, le code produit contenait une faille. Le taux dépassait 70 % en Java, et les modèles ont échoué à se protéger des attaques de type cross-site scripting dans 86 % des cas.
Le problème n'est pas théorique. Au printemps 2025, l'ingénieur Matt Palmer découvre que de nombreuses applications créées avec Lovable laissent leur base de données ouverte, faute de règles d'accès correctement configurées. Son analyse recense 303 points d'accès vulnérables dans 170 projets : adresses e-mail, numéros de téléphone, clés d'API ou données de paiement.
La faille est référencée sous le code CVE-2025-48757. Lovable conteste sa classification et estime que la protection des données relève de chaque créateur d'application. C'est précisément là que le bât blesse : un utilisateur qui ne lit pas le code ne sait pas ce qu'il doit protéger.
Alors, peut-on vraiment créer une application en parlant à une IA ?
Oui, à condition de s'entendre sur le mot « application ». Pour tester une idée, montrer une maquette ou automatiser une tâche personnelle, le vibe coding tient ses promesses. Il ouvre même la création logicielle à des profils qui n'auraient jamais écrit une ligne de code.
Pour une application qui manipule des données personnelles, encaisse des paiements ou doit tenir la charge, c'est une autre histoire. Les cas Replit et Lovable montrent la même chose : l'IA écrit vite, mais elle ne sait pas toujours ce qu'elle casse. Quelqu'un doit pouvoir relire, tester, sécuriser et expliquer ce qui tourne en production.
Le métier de développeur ne disparaît donc pas, il se déplace. On écrit moins de code à la main, on en lit davantage. Savoir formuler un besoin précis, structurer une base de données ou repérer une faille devient aussi important que de maîtriser la syntaxe d'un langage.
Coder avec l'IA, un savoir-faire au cœur des formations de 3W Academy
Le vibe coding déplace la valeur du développeur. Ce qui compte n'est plus seulement d'écrire du code, mais de comprendre celui que l'on fait écrire : son architecture, ses données, ses failles possibles.
C'est l'approche des Bachelors de 3W Academy. Le Bachelor Développeur Full-Stack couvre tout ce qu'une IA génère sans toujours le maîtriser : front-end, back-end, bases de données, tests et déploiement. La sécurité y occupe une place à part entière, de l'authentification aux injections SQL.
Pour celles et ceux qui veulent aller du côté des modèles eux-mêmes, le Bachelor Développeur Data/IA forme au traitement des données, au machine learning et à l'intégration de modèles d'IA dans des applications.
Dans les deux cas, l'objectif est le même : savoir utiliser l'IA comme un outil puissant, tout en restant capable de relire, corriger et sécuriser ce qu'elle produit. C'est exactement ce qui a manqué dans les affaires Replit et Lovable.
Envie d'apprendre à coder avec l'IA, et pas seulement de la laisser coder à votre place ?
Découvrez les Bachelors de 3W Academy et les compétences pour concevoir, relire et sécuriser les applications de demain.
FAQ : les questions fréquentes sur le vibe coding
Qu'est-ce que le vibe coding ?
Le vibe coding consiste à créer un logiciel en décrivant ce que l'on veut à une intelligence artificielle, en langage courant, plutôt qu'en écrivant soi-même le code. Le terme a été popularisé par Andrej Karpathy en février 2025.
Peut-on créer une application sans savoir coder ?
Oui, pour un prototype, un site simple ou un outil personnel. Pour une application qui gère des données personnelles ou des paiements, des compétences techniques restent nécessaires pour vérifier, tester et sécuriser le code généré.
Quels outils utiliser pour faire du vibe coding ?
Les plus connus sont Lovable, Replit et Bolt, qui génèrent une application complète depuis un navigateur. Des éditeurs comme Cursor s'adressent plutôt aux développeurs qui veulent garder la main sur le code.
Le code généré par l'IA est-il sûr ?
Pas toujours. Selon Veracode, les modèles d'IA introduisent une faille de sécurité dans 45 % des tâches testées. Une relecture et des tests restent indispensables avant toute mise en ligne.
Le vibe coding va-t-il remplacer les développeurs ?
Il transforme plutôt le métier : les développeurs écrivent moins de code à la main et consacrent plus de temps à spécifier, relire, tester et sécuriser ce que produit l'IA.